Corbeaux, corneilles, pies… Faut-il réguler ?

Le principe de la chaîne alimentaire et de l’équilibre naturel

Le fonctionnement naturel d’un écosystème repose sur un équilibre dynamique entre prédateurs et proies.
Si la pression de prédation devient trop forte, le nombre de proies décline, privant les prédateurs de ressources alimentaires.
Ces derniers, ne pouvant plus nourrir leur progéniture, voient leurs effectifs chuter — ce qui, en retour, permet aux effectifs de proies de se reconstituer.

Ce mécanisme illustre également le principe de sélection naturelle : les individus les plus robustes ou les mieux adaptés survivent et se reproduisent, tandis que les plus faibles ou les malades disparaissent rapidement — garantissant ainsi la vitalité de l’espèce.

Dans ce cadre, la notion de « surpopulation » n’a pas de sens biologique : quelle que soit notre perception, corbeaux, corneilles ou pies ne peuvent survivre s’ils sont trop nombreux par rapport aux ressources du milieu.

Les explications détaillées sont disponibles dans la Masterclass en ligne

 

 

Évolution des populations de corvidés en France : les données scientifiques

En France, les comptages officiels font apparaître une baisse considérable des effectifs

  • de pies (baisse en Europe, stabilisation en France),
  • de corbeaux freux (- 41% sur 20 ans en France, déclin en Europe).
  • Les effectifs de la corneille noire sont stables.

 Régulation des corvidés : halte aux idées reçues

Pour justifier les abattages massifs dont sont l’objet corbeaux, corneilles et pies ,
certains arguent du fait qu’ils n’auraient PAS DE PRÉDATEURS ! … Réponses :

 

1) Régulation par prédation

La régulation par prédation, pour les corvidés, est assurée par certains rapaces (autour des palombes, hibou grand duc,etc).
Les écureuils, les rats et les autres espèces de corvidés (pies sur corneilles, et vice-versa), pillent les nids, en consommant les œufs ou les oisillons lors des moments où les parents partent en quête de nourriture.

Les fouines, martres et renards prélèvent lors de la période de reproduction une proportion non négligeable de juvéniles, dès que ceux-ci sont au sol (lors de l’apprentissage du vol).
Sans compter, bien qu’elle ne puisse être qualifiée de ‘naturelle’ la prédation conséquente exercée par les chats, notamment sur les oisillons de pies.

De plus, 80 à 90% des oisillons n’atteignent pas l’âge d’un an !

2) Régulation naturelle

«Les corbeaux freux dorment et nichent en colonies qui rassemblent tous les individus vivant à des kilomètres à la ronde, ce qui peut donner une impression de « surpopulation ».
Pourtant, rapportée au km², leur densité reste faible. Et ces colonies ne peuvent pas croître indéfiniment.
En effet, plus la densité augmente, moins il y a de nourriture disponible, ce qui réduit le succès des couvées.

                                     

 Par ailleurs, l’impossibilité de trouver suffisamment d’espace disponible pour la construction du nid, entraîne l’augmentation du nombre de couples non-nicheurs. La concurrence de ces derniers vient alors perturber l’élevage des jeunes et exerce à nouveau un impact négatif sur le succès de la reproduction. C’est la régulation interne.

Cette logique s’applique également aux pies et aux corneilles noires qui, elles, ne vivent pas en colonies : chaque couple occupe un territoire qu’il défend farouchement pendant la reproduction. Tant qu’un couple n’a pas trouvé de territoire disponible, il ne se reproduit pas. La taille des territoires étant corrélée à l’abondance des ressources alimentaires.

Ainsi, la gestion de la faune sauvage s’équilibre sans intervention humaine.

 

Pourquoi la « régulation » par piégeage et abattage ne fonctionne pas

Présentes sur terre depuis la nuit des temps, les différentes espèces de corvidés n’ont jamais été nulle part en «surpopulation» au cours de l’Histoire.
De très nombreux pays ne pratiquent aucun abattage de ces oiseaux, et pourtant, jamais leurs populations n’ont mis en difficulté le reste de la faune ! 👉 plus d’infos
Plus révélateur encore : le retrait artificiel d’une espèce de corvidé (la pie) n’a aucun effet positif sur la dynamique des autres populations de passereaux. 👉 lire l’étude

Ne nous y trompons pas :

L’emploi du terme « réguler », cher à certains utilisateurs du fusil comme moyen de réponse au moindre désagrément, n’est qu’une formule édulcorée qui ne signifie rien d’autre que «tuer des oiseaux».

Des échecs documentés et répétés

Pourquoi la « régulation » par piégeage et abattage ne fonctionne pas ?

Exemples d’échecs relayés par la presse :

Journal Républicain Lorrain (sept 2012) :
« Les piégeurs redoublent d’activité sans parvenir à enrayer le phénomène. En 2012, les piégeurs de Moselle ont battu tous les records. Ils ont tiré ou piégé 4 271 corbeaux freux et 7 912 corneilles »

Le JSL Autun (mai 2016) :
« Malgré leur éradication par les services techniques de la Ville en 2013, les corbeaux ont de nouveau investi, depuis la fin février, les platanes »

On l’a vu plus haut, la sélection naturelle exerce une saine régulation des populations animales.

Or, en détruisant sans sélection un groupe donné, on ne fait que libérer de la place pour les individus en attente de territoire pour pouvoir se reproduire.
De surcroît, on augmente le succès de reproduction des couples rescapés, puisqu’ils disposent ainsi de plus de ressources pour élever leur nichée.

De sorte que l’impression de diminution des nuisances constatée dans les semaines qui suivent les tueries, est vite estompée par le constat d’un retour de l’espèce avant même l’année suivante.

Ainsi, ce sont des tueries sans fin qu’il faudrait envisager, à l’encontre d’espèces auxquelles le public est de plus en plus sensible, et pour lesquelles, des solutions éthiques et durables de cohabitation existent.