Faut-il réguler ?

Rappel du principe de ‘chaîne alimentaire’

Le fonctionnement naturel d’un écosystème consiste entre un équilibre indispensable du ratio prédateur/proie. En effet, s’il y a de trop prédation, le nombre de proies s’effondre, induisant en un retour facile à comprendre, un manque de ressources alimentaires pour les dits prédateurs. Ceux-ci ne peuvent plus nourrir leur progéniture, leurs effectifs diminuent rapidement, permettant le retour des proies.

C’est également dans ce schéma que l’on retrouve le principe de «sélection naturelle», puisque les plus forts et/ou les plus intelligents seront ceux qui survivront (et se reproduiront); les faibles ou les malades disparaissant rapidement, gage de la survie de l’espèce.

De sorte qu’on ne peut jamais observer de «surpopulation» d’une espèce, quelle qu’en soit notre perception: corbeaux, corneilles ou pies ne peuvent survivre s’ils sont trop nombreux.

Source : STOC, Suivi Temporel des Oiseaux Communs,

Museum National d’Histoire Naturelle

En France, les comptages officiels font apparaître une baisse considérable des effectifs

  • de pies (-66% depuis 1989)
  • de corbeaux freux (-41% depuis 1989) .

Ceux de la corneille noire sont stables.

Or, pour justifier les abattages massifs dont sont l’objet corbeaux, corneilles et pies dans notre pays, certains arguent du fait qu’ils n’auraient PAS DE PRÉDATEURS ! …

RÉPONSES :


1) Régulation par prédation

La régulation par prédation, pour les corvidés, est assurée par certains rapaces (autour des palombes, etc…).
Les écureuils, rats et les autres espèces de corvidés (pies sur corneilles, et vice-versa), pillent les nids, en consommant les œufs ou les oisillons pendant les moments où les parents partent en quête de nourriture.

Les fouines, martres et renards prélèvent lors de la période de reproduction une proportion non négligeable de juvéniles, dès que ceux-ci sont au sol (lors de l’apprentissage du vol) .

80% des oisillons
n’atteignent pas l’âge d’un an !

2) Régulation naturelle

Les corbeaux dorment et nichent en colonies qui rassemblent tous les individus sur des kilomètres à la ronde, ce qui peut donner une impression de « surpopulation ». Mais rapportée au km², leur densité reste faible contrairement aux apparences. Et les colonies de corvidés ne peuvent pas croître indéfiniment. En effet, plus la densité augmente, moins il y a de nourriture disponible : la réussite des couvées est donc impactée négativement. De plus, l’impossibilité de trouver suffisamment d’espace disponible pour la construction du nid, entraîne l’augmentation du nombre de couples non-nicheurs. La concurrence de ces derniers vient alors perturber l’élevage des jeunes et exerce à nouveau un impact négatif sur le succès de la reproduction. C’est la régulation interne.

Cette logique concerne également les pies et les corneilles noires, qui ne vivent pas en colonies, mais chez lesquelles chaque couple occupe un territoire, qu’il défend farouchement lors de la période de reproduction. Tant qu’un couple n’a pas trouvé de territoire disponible, il ne se reproduira pas. La taille des territoires étant corrélée à l’abondance des ressources alimentaires.

Il n’est donc pas besoin de l’intervention de l’homme, pour gérer la croissance des animaux sauvages.

Présentes sur terre depuis la nuit des temps, les différentes espèces de corvidés n’ont jamais été nulle part en «surpopulation » au long de l’Histoire.

De très nombreux pays n’abattent pas ces oiseaux, et l’on n’a pourtant jamais noté que les populations de corvidés aient mis en difficulté le reste de la faune !

Ne nous y trompons pas:

l’emploi du terme «réguler», cher à certains utilisateurs du fusil comme moyen de réponse au moindre désagrément,

n’est qu’une formule édulcorée qui ne signifie rien d’autre que «tuer des oiseaux».

Pourquoi la « régulation » par piégeage et abattage ne fonctionne pas ?

Exemples d’échecs relayés par la presse :

Journal Républicain Lorrain (sept 2012) :
« Les piégeurs redoublent d’activité sans parvenir à enrayer le phénomène. En 2012, les piégeurs de Moselle ont battu tous les records. Ils ont tiré ou piégé 4 271 corbeaux freux et 7 912 corneilles »

Le JSL Autun (mai 2016) :
« Malgré leur éradication par les services techniques de la Ville en 2013, les corbeaux ont de nouveau investi, depuis la fin février, les platanes »

On l’a vu plus haut, la sélection naturelle exerce une saine régulation des populations d’oiseaux.

Or, en détruisant sans sélection un groupe donné, on ne fait que libérer de la place pour les individus en attente de territoire pour pouvoir se reproduire.

De surcroît, on augmente le succès de reproduction des couples rescapés, puisqu’ils disposent ainsi de plus de ressources pour élever leur nichée.

De sorte que l’impression de diminution des nuisances constatée dans les semaines qui suivent les tueries, est vite estompée par le constat d’un retour de l’espèce avant même l’année suivante.

Ainsi, ce sont des tueries sans fin qu’il faudrait envisager, sur des espèces auxquelles le public est de plus en plus sensible, et pour lesquelles, des solutions éthiques et durables existent.

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